Niger : panorama macro-économique et relation économique bilatérale

Par le Service Économique de Ouagadougou, le 8 juillet 2014

1. Situation économique et financière

1.1 Éléments structurels sur l’économie

Avec un PIB par habitant d’environ 408 USD et 62% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, le pays est, depuis des décennies, en situation de crise alimentaire chronique. Le Niger est le pays le plus pauvre du monde selon le PNUD : l’indice de développement humain 2013 le range au 187ème rang sur 187 nations. La population, estimée à 16 millions d’habitants, croît à un rythme de 3,8% par an. Le désert couvre les trois quarts de la surface du pays (moins de 12% de terres arables) et 85% de la population est concentrée dans un couloir de 100-150 km de large entre le Nord de la frontière nigériane et Niamey. 83% de la population active opère dans l’agriculture. Le Niger est 176ème sur 183 au classement Doing Business 2013. Enfin, la situation sécuritaire du pays reste préoccupante.

L’uranium et le pétrole constituent les deux principales ressources naturelles du pays. S’agissant de l’uranium, l’intervenant majeur est Areva qui exploite avec l’Etat nigérien et des partenaires étrangers, les deux sites de la Somair (2700 tonnes en 2013) et de la Cominak (1500 tonnes en 2013) et développe le projet d’Imourarem. Le principal enjeu actuel pour le groupe français est l’officialisation des conventions d’exploitation de la Somair et de la Cominak qui ont été renégociées en mai dernier. L’Etat nigérien s’était engagé à les parapher au plus tard le 30 juin 2014 mais cette signature n’est toujours pas intervenue vraisemblablement pour des raisons inhérentes à l’inertie de l’administration locale.

Depuis décembre 2011, le Niger est devenu producteur de pétrole. Le champ d’Agadem exploité par la CNPC (Chine) a produit 17 000 barils/jour en 2013 ce qui qui correspond quasiment à la capacité maximale d’absorption de la raffinerie locale (partenariat CNPC et Niger). La CNPC et le gouvernement nigérien ont obtenu les droits d’évacuation du brut via l’oléoduc Tchad-Cameroun, ce qui devrait permettre à horizon 2016 de monter la production à environ 80 000 barils/jour.

1.2 Conjoncture économique

Le rythme de croissance économique en 2013 a été de 3,6%, très inférieur à 2012 (+11,0%) et ce dans un contexte de forte croissance démographique (+3,8%). L’inflation s’est stabilisée à un peu plus de 2%. L’évolution de la dette publique est préoccupante : elle a atteint 33,8% du PIB et devrait passer à plus de 40% en 2014. Le déficit budgétaire a fortement augmenté (-5,6% du PIB en 2014). En outre, le stock public d’arriérés de paiement, même s’il devrait diminuer de 26 Mds XOF en 2013, reste important. Le solde courant de la balance des paiements atteint respectivement -15,4% et -17,2% du PIB en 2012 et 2013, en amélioration par rapport à 2010 et 2011 (respectivement -19,9% et -22,3% du PIB). Pour 2014, il est envisagé un rythme de croissance économique de 6,5% du PIB, fondé principalement sur une hypothèse de bonne tenue du secteur agricole ainsi que sur un fort développement pétrolier. Toutefois, la cohérence du travail de préparation budgétaire pose toujours question : le budget de 2014 a été préparé sans véritable consultation préalable du FMI et est jugé trop ambitieux, notamment s’agissant des recettes.

1.3 Finances publiques

Le déficit budgétaire a atteint -5,6% du PIB en 2013. Pour 2014, le déficit budgétaire devrait se situer dans une fourchette allant de -5 à -10% du PIB. Au 30 juin 2014, le bilan de l’activité budgétaire est le suivant : les recettes engrangées se montent à 29,3% des recettes totales prévues pour 2014 du fait d’une mauvaise performance de l’administration fiscale et de retards enregistrés dans le versement des aides budgétaires externes (15% des montants prévus au titre de l’aide budgétaire ont été versés) ; en revanche, le Niger a mobilisé 63,3 Mds XOF d’emprunts obligataires soit 70% du montant prévu pour l’ensemble de l’année 2014 (93 Mds XOF). S’agissant des dépenses, le bilan au 30 juin 2014 est également peu favorable : le taux d’exécution s’établit globalement à 27,2% et à 22% pour ce qui est des seules dépenses d’investissement.

2. Relations avec la communauté financière internationale

Fin 2012, le Niger a organisé à Paris une table ronde de bailleurs pour assurer (partiellement) le financement de son plan de développement économique et social 2012-2015 (PDES), où il a pu mobiliser environ 3 Mds EUR de promesses. La capacité d’absorption, le maintien de ses bonnes relations avec les institutions financières internationales et la vigilance vis-à-vis de la soutenabilité de sa dette restent des éléments clés de réussite de ce programme. En 2013, l’aide publique au développement a atteint 907 MUSD.

2.1. Fonds Monétaire International

Le Niger a bénéficié en mai 2008 d’un accord triennal avec le FMI au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Un nouveau programme triennal 2012-2015 de 120 MUSD environ a été approuvé par le conseil d’administration du Fonds le 16 mars 2012 au titre de la facilité élargie de crédit. Un premier décaissement de 8,5 Mds XOF a eu lieu en début d’année mais il faudra attendre 2014 pour de nouveaux tirages.

Le Fonds a réalisé une mission à Niamey du 22 au 27 juin dernier dans le cadre des 3ème et 4ème revues sous FEC. Globalement, le Fonds doute de la possibilité de conclure la revue et reproche au Niger l’inscription de dépenses d’investissements excessives pour l’équilibre du budget, l’exécution d’une dépense de 40Mds XOF en anticipation de recettes de téléphonie mobile qu’il juge non récupérables et une faible appropriation du programme induit par la FEC.

2.2. Banque Mondiale

Le portefeuille actif de la Banque Mondiale, hors programmes régionaux, porte sur 17 projets représentant un montant d’engagements de 639 MUSD. L’en-cours représente 1 072 MUSD. Les approbations de prêts se réduisent sur les trois dernières années (2011 : 249 MUSD / 2012 : 178 MUSD / 2013 : 144 MUSD). Pour 2014, le chiffre d’engagement annuel évoqué par les experts de la Banque est de 107 MUSD. Cette tendance résulte essentiellement de la faible capacité d’absorption de l’aide du pays. A noter, en 2014, une augmentation de l’intervention de la Banque sur le projet du barrage de Kandadji (+ 39 MUSD venant s’ajouter au 200 MUSD déjà approuvés en 2013 sur cet investissement).

2.3. Union européenne

Le 10ème FED prévoyait 483 MEUR d’appui financier dont 150 MEUR d’aide budgétaire. Le 11ème FED se caractérise par une forte augmentation et s’élève à 596 MEUR (Sécurité alimentaire : 180 MEUR / Politiques sociales : 200 MEUR / Sécurité et gouvernance : 100 MEUR / Appui aux régions en risque de conflit : 90 MEUR / Appui à la société civile : 16 MEUR / Facilité technique : 10 MEUR).

3. Situation de la dette

La dette a atteint 33,8% du PIB en 2013, en forte hausse depuis 2010 (24% du PIB). Cette augmentation repose avant tout sur une croissance de la dette externe qui passe de 17% du PIB en 2010 à 25,3% du PIB en 2013. Il s’agit de dette multilatérale (78,4%), de dette bilatérale hors club de Paris (19,1%) et des montants correspondants à la part des crédits commerciaux souscrits par la raffinerie SORAZ et garantis par l’Etat (17,6 Mds XOF soit 2,5% de la dette extérieure totale). S’agissant de l’endettement intérieur, des efforts doivent être faits pour réduire le montant des arriérés de paiements vis-à-vis du secteur privé et des entreprises publiques, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. Enfin, on retiendra qu’en février 2014 le Conseil des Ministres nigérien a adopté le projet de loi autorisant la ratification de la Convention Cadre de Crédit entre la République du Niger et la Banque Export-Import de Chine (EXIM-BANK) pour la mise en place d’un financement lié d’un montant d’1 Md USD. Globalement, la soutenabilité à moyen terme de l’endettement nigérien pose aujourd’hui question.

4. Aide publique au développement

L’aide française transite très largement au travers de l’AFD. Depuis 2007, le volume total des engagements de l’AFD au Niger, hors aide budgétaire, s’est élevé à 128,8 MEUR sous formes de subventions (66%), de prêts souverains concessionnels (32%) et de garanties (2%). De plus, toujours sur les dernières années, le pays a bénéficié de subventions à hauteur de 38MEUR au titre de l’aide budgétaire et d’un prêt budgétaire de 40 MEUR. En 2013, le total des engagements a atteint 77,5MEUR dont 10 MEUR d’aide budgétaire globale. Sur les prochaines années, l’AFD devrait poursuivre et renforcer son engagement pour un meilleur accès des populations aux services de base (santé, éducation, eau et assainissement). Elle prévoit, pour 2014, un niveau d’engagements qui devrait se situer aux alentours de 68 MEUR.

Depuis 2000, le Niger bénéficie chaque année d’appuis budgétaires français. En 2012 une nouvelle subvention de 10 MEUR et un prêt de 40 MEUR ont été octroyés (en 2010, don de 5 MEUR et en 2011 de 10 MEUR). En 2013, 10 MEUR supplémentaires ont été accordés. Les secteurs d’imputation sont l’apurement des arriérés, les dépenses sociales et la sécurité alimentaire.

5. Présence commerciale française

5.1. Échanges commerciaux avec la France

En 2013, le Niger est le 116ème client de la France (171 MEUR) dans le monde et son 67ème fournisseur (596 MEUR). Structurellement, la balance commerciale bilatérale est fortement excédentaire en faveur du Niger du fait de l’importance des importations d’uranium, minerai exploité dans ce pays par Areva. Le montant des échanges bilatéraux a atteint 767 MEUR, en progression de 30% par rapport à 2012 sur la base d’une augmentation significative (+39%) des achats d’uranium nigérien par la France.

5.2. IDE et présence française

Le stock total d’IDE français accueilli au Niger progresse fortement depuis 2007 selon la Banque de France, pour atteindre 147 MEUR en 2012. Le groupe AREVA et Orange constituent respectivement 64% et 13% de ce stock. Au cours des dernières années, le flux d’investissements directs français a fléchi : -23 MEUR en 2011 et 1 MEUR en 2012 contre +83 MEUR en 2010. Le Niger est le 12ème stock d’investissements français en Afrique sub-saharienne. La France est le 1er investisseur privé (hors pétrole) au Niger grâce à des implantations dans de nombreux secteurs de l’économie. Une vingtaine de filiales de sociétés françaises sont implantées au Niger (auxquelles on peut ajouter une quinzaine d’investissements privés français, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et dans les services informatiques et de télécommunications). Ces filiales exercent dans des secteurs variés (Areva, Orange, Veolia dans la concession des eaux, Castel dans les boissons, Sogea Satom, Air France…).

5.3. Politique de crédit

Selon la nouvelle classification de la politique d’assurance-crédit pour 2012, le Niger, classé en catégorie 7 de l’OCDE, est « ouvert sous conditions » pour des opérations à destination d’acheteurs non souverains ou faisant l’objet de cofinancements avec des bailleurs multilatéraux ou avec neutralisation du risque pays. Au 31 décembre 2012, il n’y avait aucun encours COFACE sur le Niger.

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Liens Utiles

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Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Artisanat du Niger
Institut national de la statistique du Niger
Portail officiel du gouvernement du Niger
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Dernière modification : 25/09/2014

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